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Alcool, consommation d’autres drogues, y compris le cannabis, et excès de vitesse

Evelyn Vingilis, Ph. D.

Biographie

Dr Vingilis est professeure émérite et professeure auxiliaire de recherche au Département de médecine familiale de la Schulich School of Medicine and Dentistry de l’Université Western Ontario, à London, en Ontario, au Canada. Elle a auparavant dirigé le Programme de recherche sur l’alcool au volant et le Programme sur les facteurs de risque à la Fondation de recherche sur la toxicomanie. Ses deux principaux programmes de recherche portent sur les blessures, leur prévention et leur contrôle, ainsi que sur la santé mentale et la consommation de substances, avec un intérêt particulier pour les jeunes à risque. Elle possède une expertise méthodologique en évaluation de programmes et de politiques, ainsi qu’en élaboration de questionnaires et en conception de sondages.

En 2010, elle a reçu le prix Widmark, « la plus haute distinction décernée par l’International Council on Alcohol, Drugs and Traffic Safety (ICADTS) à des personnes ayant apporté des contributions exceptionnelles, soutenues et méritoires ». En 2018, elle a reçu le prix pour l’ensemble de ses réalisations de l’Association canadienne des professionnels de la sécurité routière.

Résumé

Au Canada, la conduite avec facultés affaiblies par l’alcool et d’autres drogues et les excès de vitesse sont deux des principaux facteurs contribuant aux décès liés aux véhicules automobiles. Pourtant, on en sait peu sur les effets combinés de la conduite avec facultés affaiblies par l’alcool et d’autres drogues, et des excès de vitesse. L’article suivant présente ce que nous savons sur la conduite avec les facultés affaiblies par l’alcool, d’autres drogues, y compris le cannabis, ou les excès de vitesse en ce qui concerne : 1) les victimes de collisions; 2) les enquêtes routières et autres; 3) les effets dans les études sur simulateur; 4) les recherches extrêmement limitées dont on dispose sur l’association entre la conduite avec facultés affaiblies et les excès de vitesse. 

Prévalence canadienne des victimes de collisions liées à l’alcool et à d’autres drogues

Selon un rapport de 2023 de la Fondation de recherche sur les blessures de la route (FRBR), le pourcentage de décès liés à l’alcool au Canada en 2020 était de 29,0 % comparativement à 30,0 % en 2000, tandis que le pourcentage de décès liés à la drogue en 2020 était de 37,1 % comparativement à 10,7 % en 2000 (Brown et coll., 2023). Les « drogues », comme définies par la FRBR, comprenaient le cannabis, les drogues illicites, les médicaments sur ordonnance et les médicaments en vente libre, et se fondaient sur les données toxicologiques du coroner ou du médecin légiste, les données sur les collisions signalées par la police et les renseignements narratifs du coroner ou du médecin légiste (Brown et coll., 2023). Chez les conducteurs blessés mortellement, le pourcentage de ceux qui ont obtenu un résultat positif au cannabis en 2020 était de 30,1 %, ce qui fait du cannabis la drogue la plus couramment trouvée, à l’exclusion de l’alcool (Brown et coll., 2023). 

Beirness et coll. (2021) ont examiné la prévalence de l’alcool, du cannabis et d’autres drogues au moyen de tests toxicologiques chez 921 conducteurs décédés dans des accidents de la route en Ontario entre janvier 2016 et décembre 2018. Cet échantillon représentait 86,7 % de tous les conducteurs décédés dans des collisions au cours de cette période en Ontario. Sur cet échantillon, 26,1 % ont fourni un résultat positif à l’alcool et 27,3 % ont fourni un résultat positif au cannabis, tandis que 53,7 % ont fourni un résultat positif à l’alcool ou à d’autres drogues (y compris le cannabis), ou à une combinaison des deux. Le Rapport annuel sur la sécurité routière en Ontario (RASRO) de 2021 indique que cette année-là, 17 % de tous les décès en Ontario avaient été classés dans la catégorie de la conduite avec facultés affaiblies par l’alcool et 15 % dans la catégorie de la conduite avec facultés affaiblies par la drogue. 

Les résultats sont similaires pour les conducteurs non mortellement blessés. Historiquement, parmi les drogues autres que l’alcool, le cannabis a été la drogue la plus fréquemment trouvée chez les conducteurs non mortellement blessés qui se présentent aux services des urgences. Dès les années 1980, Vingilis et son équipe de recherche ont mené la première étude prospective sur la prévalence de l’alcool et d’autres drogues chez les conducteurs blessés admis consécutivement dans un centre régional de traumatologie de l’Ontario. Ils ont constaté que de l’alcool avait été décelé chez 18,0 % des conducteurs blessés, tandis que du cannabis avait été décelé chez 13,9 % des conducteurs blessés (Stoduto et coll., 1993).De plus, 16,5 % des conducteurs blessés avaient fourni un résultat positif à l’alcool en combinaison avec une ou plusieurs autres drogues, y compris du cannabis, des drogues illicites, des médicaments sur ordonnance ou des médicaments en vente libre. 

Des études canadiennes ultérieures ont donné des résultats semblables. Par exemple, Brubacher et coll. (2016) ont trouvé de l’alcool chez 17,8 % des conducteurs non mortellement blessés qui se sont présentés aux services des urgences de 7 centres de traumatologie participants de la Colombie-Britannique, les métabolites du cannabis étant la deuxième drogue récréative la plus courante (12,6 %). Les chercheurs ont détecté du Δ-9-tétrahydrocannabinol (Δ-9-THC), la substance psychoactive du cannabis, chez 7,3 % des conducteurs. Une étude récente sur la consommation de cannabis et d’alcool a été menée auprès de conducteurs et de passagers non mortellement blessés se présentant au service des urgences d’un hôpital participant en Colombie-Britannique ou en Ontario entre août 2020 et mars 2024; de l’alcool a été décelé chez 14,2 % des conducteurs, du THC a été décelé dans une proportion de 12,4 %, et 3,2 % des conducteurs ont fourni un résultat positif à la fois pour l’alcool et le cannabis (Pei et coll., 2025). 

Prévalence canadienne des victimes de collisions liées aux excès de vitesse

Le pourcentage de décès liés aux excès de vitesse au Canada était de 30,3 % en 2020, contre 22,3 % en 2000 (Brown et coll., 2023). Le Rapport annuel sur la sécurité routière en Ontario (RASRO) de 2021 indique que 23 % de tous les décès survenus en Ontario cette année-là étaient liés aux excès de vitesse. Pourtant, ces pourcentages de victimes de la conduite avec facultés affaiblies ou d’excès de vitesse ne s’excluent pas mutuellement, ce qui signifie que certains cas impliquent une combinaison quelconque d’alcool, d’autres drogues, notamment le cannabis, et d’excès de vitesse. 

Malheureusement, bien qu’au Canada, la conduite avec facultés affaiblies et les excès de vitesse soient des facteurs de risque majeurs de collisions impliquant des véhicules automobiles, la grande majorité des recherches et des bases de données examinant ces comportements de conduite à risque les ont consignés et déclarés individuellement, et non en relation les uns avec les autres (Johnson, 2025). L’alcool, les autres drogues (comme le cannabis) et les excès de vitesse ont été considérés comme des causes distinctes de collisions de véhicules automobiles (Johnson, 2025). De plus, on suppose que les collisions sont causées par des facteurs différents, bien que les conducteurs ayant les facultés affaiblies par l’alcool ou d’autres drogues et ceux qui commettent de grands excès de vitesse partagent des caractéristiques semblables, comme le fait d’être plus jeunes, de sexe masculin et de ne pas porter la ceinture de sécurité (Johnson, 2025). De plus, les bases de données sur les décès liés aux véhicules automobiles montrent que, par exemple, les conducteurs mortellement blessés dont l’alcoolémie était plus élevée conduisaient plus vite que les conducteurs sobres et que les conducteurs mortellement blessés qui faisaient de l’excès de vitesse étaient plus susceptibles d’avoir une alcoolémie supérieure à 0,08 g/dl que les conducteurs qui ne faisaient pas d’excès de vitesse dans les collisions mortelles (Johnson, 2025). Cependant, les associations entre la conduite avec facultés affaiblies, les excès de vitesse et l’augmentation du risque de collision pourraient être faussées par d’autres facteurs, tels que la propension à la prise de risques (p. ex. Bergeron et Paquette, 2014). Malheureusement, cette rareté de la recherche sur la relation entre la conduite avec facultés affaiblies et les excès de vitesse limite la compréhension des interactions et de leurs complexités.

Enquêtes canadiennes sur la prévalence de la consommation d’alcool et d’autres drogues au volant

Des enquêtes menées au Canada ont porté sur la prévalence de la consommation d’alcool, de cannabis et d’autres drogues au volant. Par exemple, des enquêtes routières ont été menées dans cinq régions du Canada (Colombie-Britannique, Manitoba, Ontario, Yukon et Territoires du Nord-Ouest) auprès de conducteurs sélectionnés au hasard dans la circulation à des endroits prédéterminés du mercredi au samedi soir entre 21 h et 3 h, avant la légalisation du cannabis (Conseil canadien des administrateurs en transport motorisé, 2019). Parmi les conducteurs interrogés, 4,4 % ont obtenu un résultat positif à l’alcool et 0,7 % avaient une alcoolémie supérieure à 80 mg/dl; 10,2 % ont fourni un résultat positif aux drogues et 7,6 % ont fourni un résultat positif au cannabis. Au total, 12,9 % des conducteurs ont obtenu un résultat positif à l’alcool ou aux drogues, ou à une combinaison des deux. Ainsi, moins de 15 % des conducteurs de l’échantillon ont obtenu un résultat positif à l’alcool, aux drogues ou aux deux. Ces résultats indiquent une surreprésentation des conducteurs consommant de l’alcool et des drogues parmi les victimes de collisions impliquant des véhicules automobiles. 

Enquêtes canadiennes sur la prévalence des excès de vitesse

Contrairement à la conduite avec facultés affaiblies, les excès de vitesse sont une activité de conduite courante au Canada.  Une enquête de Transports Canada menée par Ekos Research Associates (2007) a révélé que 58 % des conducteurs interrogés avaient déclaré faire fréquemment des excès de vitesse sur les autoroutes, tandis que 39 % avaient déclaré faire fréquemment des excès de vitesse sur les routes de campagne et les autoroutes à deux voies;13 % avaient déclaré faire fréquemment des excès de vitesse dans les zones résidentielles. Une enquête menée en Ontario auprès de 1 595 conducteurs pendant la pandémie de COVID-19 a révélé que 65,2 % des répondants avaient déclaré faire des excès de vitesse, et que 7,2 % avaient déclaré faire des excès de vitesse un peu ou beaucoup plus souvent depuis le début de la pandémie (Vingilis et coll., 2024). Un récent sondage mené du 13 au 21 septembre 2024 par l’Association canadienne des automobilistes (CAA) auprès de 2 880 Canadiens a révélé que près de 70 % d’entre eux avaient déclaré avoir fait des excès de vitesse dans des zones résidentielles au moins une fois au cours de la dernière année, qu’environ 50 % avaient déclaré faire régulièrement des excès de vitesse sur les autoroutes, et qu’environ 20 % avaient déclaré conduire régulièrement « bien au-dessus de la limite de vitesse » (CAA, 2024). Ces résultats suggèrent que la majorité des Canadiens commettent des excès de vitesse. Ainsi, bien que les personnes qui font des excès de vitesse aient un risque plus élevé d’être impliquées dans une collision (p. ex., Vingilis et coll., 2024), les conducteurs qui font des excès de vitesse, en tant que groupe, ne sont peut-être pas surreprésentés parmi les conducteurs impliqués dans des collisions mortelles impliquant des véhicules automobiles.

Effets de l’alcool et du cannabis sur les excès de vitesse

Quelques études ont examiné les effets de l’alcool et du cannabis sur les excès de vitesse. Par exemple, certaines études sur simulateur examinant les effets de différentes alcoolémies sur les performances de conduite, y compris les excès de vitesse, ont révélé que les conducteurs ayant une alcoolémie plus élevée conduisaient à des vitesses plus élevées que les conducteurs sobres (p. ex., Yadev et Valega, 2020). Cependant, d’autres études sur simulateur suggèrent une relation plus complexe entre la conduite avec facultés affaiblies par l’alcool et les excès de vitesse, avec des facteurs, tels que la fatigue, qui affectent les résultats (Christoforou et coll., 2012). Des résultats nuancés ont également été obtenus en ce qui concerne la consommation de cannabis et les excès de vitesse. Par exemple, Dahlgren et coll. (2020), dans une étude sur simulateur de conduite, ont examiné l’effet de la consommation de cannabis sur les performances de conduite, y compris les excès de vitesse, chez de grands consommateurs de cannabis à des fins récréatives, non intoxiqués, et chez des sujets témoins en bonne santé n’ayant jamais consommé de cannabis. Les résultats ont indiqué que la consommation chronique de cannabis était liée à une dégradation des performances de conduite, comme une augmentation des excès de vitesse, indépendamment d’une intoxication aiguë. Lorsque les consommateurs précoces de cannabis ont été comparés aux consommateurs tardifs, une altération a été principalement observée dans le groupe des consommateurs précoces. Cependant, après contrôle de l’impulsivité autodéclarée, la plupart des différences considérables entre les groupes n’étaient plus considérables, ce qui suggère que l’impulsivité accrue chez les consommateurs de cannabis explique les différences de performance observées sur le simulateur de conduite. Ainsi, des relations sont fréquemment observées entre la conduite avec facultés affaiblies par l’alcool ou le cannabis et les excès de vitesse, bien que d’autres facteurs puissent en fausser les effets. 

Alcool, cannabis, autres drogues et excès de vitesse chez les victimes de la route

Très peu d’études ont examiné les collisions qui étaient liées à l’alcool ou aux drogues, ainsi qu’aux excès de vitesse. Une étude norvégienne a examiné les données sur les collisions mortelles d’un échantillon de conducteurs analysés pour la présence d’alcool et de drogues psychoactives légales et illégales, y compris le cannabis (Bogstrand et coll., 2015). Parmi les conducteurs mortellement blessés dont les facultés étaient affaiblies par l’alcool (alcoolémie > 0,5 g/l) ou des drogues (concentrations correspondant aux limites de 0,5 g/l selon le code de la route norvégien), 71,7 % faisaient de l’excès de vitesse lorsque la collision s’est produite, alors que 33,2 % des conducteurs sobres faisaient de l’excès de vitesse. Parmi les conducteurs mortellement blessés dont les facultés étaient affaiblies uniquement par l’alcool ou le cannabis, 80,3 % et 71,4 %, respectivement, faisaient de l’excès de vitesse au moment de la collision. Ces données sur les décès liés aux collisions impliquant des véhicules automobiles suggèrent qu’un grand pourcentage de conducteurs aux facultés affaiblies faisaient également de l’excès de vitesse au moment de leur collision mortelle. 

Une étude américaine récente a examiné la conduite avec facultés affaiblies et les excès de vitesse à l’aide de données sur les collisions. Johnson (2025) a utilisé les données sur les collisions de la National Highway Traffic Safety Administration de 2019 à 2021 pour déterminer si les excès de vitesse pouvaient expliquer une partie du risque de collision lié à la conduite avec facultés affaiblies par l’alcool. L’analyse statistique a révélé une interaction statistiquement significative entre l’alcoolémie et la gravité des blessures, ce qui signifie que les conducteurs ayant une alcoolémie plus élevée conduisaient à des vitesses plus élevées que les conducteurs sobres et que ce résultat était exacerbé pour les blessures plus graves (Johnson, 2025). Parmi les conducteurs mortellement blessés, ceux dont l’alcoolémie était de 0,16 g/dl conduisaient plus de 16 km/h plus vite que les conducteurs sobres. Johnson (2025) a estimé le risque de collision lié à la vitesse par rapport au risque de collision lié à l’alcoolémie : les vitesses plus élevées représentaient près de 50 % du risque d’accident mortel attribué à l’alcool à 0,08 g/dl, et 25 % du risque d’accident mortel à 0,16 g/dl. Pour les blessures graves, les estimations étaient de 39 % et de 16 %, respectivement (p. 755).

Une étude menée en bordure de route a également examiné l’association entre la conduite avec facultés affaiblies et les excès de vitesse. Il s’agissait d’un sondage réalisé en Norvège visant à examiner la relation entre les collisions routières autodéclarées, la consommation récente d’alcool et d’autres drogues et les excès de vitesse autodéclarés au cours des deux dernières années (Jørgenrud et coll., 2018). Plus de 5 000 conducteurs ont été interceptés; 0,3 % d’entre eux avaient fourni un résultat positif à l’alcool, tandis que 1,4 % avaient fourni un résultat positif au cannabis. Ni le résultat positif au test d’alcoolémie ni celui au test de dépistage du cannabis n’ont été associés à une contravention pour excès de vitesse déclarée au cours des deux années précédentes. Cependant, un résultat positif au test de dépistage du cannabis a été associé à une collision au cours des deux années précédentes. Ces études limitées sur les conducteurs victimes d’accidents suggèrent une forte association entre la conduite avec facultés affaiblies par l’alcool ou le cannabis et les excès de vitesse, tandis que l’étude par sondage en bordure de route ne suggère aucune relation entre un résultat positif au test d’alcoolémie ou de dépistage de cannabis et les contraventions pour excès de vitesse autodéclarées. Malheureusement, aucune recherche canadienne publiée sur les victimes de collisions n’a examiné l’association entre la conduite avec facultés affaiblies et les excès de vitesse, ce qui aurait pu fournir des renseignements sur le contexte canadien.

Les conducteurs canadiens qui conduisent avec les facultés affaiblies par l’alcool ou le cannabis, ou les deux, et ceux qui font des excès de vitesse proviennent-ils de la même population? 

Notre enquête auprès des conducteurs ontariens, menée en 2021 pendant la pandémie de COVID-19, portait sur les comportements de conduite autodéclarés suivants : conduire après avoir bu 2 verres d’alcool ou plus dans l’heure précédente; conduire dans les 2 heures suivant la consommation de cannabis; conduire dans les 2 heures suivant la consommation d’au moins 2 verres d’alcool et de cannabis; faire des excès de vitesse (au moins 15 km/h au-dessus de la limite de vitesse); faire des courses de rue (p. ex. 50 km/h ou plus au-dessus de la limite de vitesse affichée; concours de conduite). Des corrélations significatives, mais faibles ont été observées entre les excès de vitesse autodéclarés et la conduite après avoir bu 2 verres d’alcool ou plus dans l’heure précédente (= 0,23), la conduite dans les 2 heures suivant la consommation de cannabis (r = 0,21) et la conduite dans les 2 heures suivant la consommation d’au moins 2 verres d’alcool et de cannabis (r = 0,19) (données non publiées). Cependant, des corrélations significatives et fortes ont été observées entre les courses de rue autodéclarées et la conduite après avoir bu 2 verres d’alcool ou plus dans l’heure précédente (= 0,79), la conduite dans les 2 heures suivant la consommation de cannabis (r = 0,83) et la conduite dans les 2 heures suivant la consommation d’au moins 2 verres d’alcool et de cannabis (r = 0,82) (données non publiées). Des recherches antérieures menées dans le cadre de l’enquête Monitor du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH), une enquête téléphonique transversale continue auprès des adultes de l’Ontario, ont examiné la relation entre les courses de rue et la conduite après avoir consommé de l’alcool ou du cannabis, sans inclure les excès de vitesse (Wickens et coll., 2017). Un pourcentage significativement plus élevé de ceux qui ont déclaré faire des courses de rue ont déclaré conduire après avoir bu et conduire après avoir consommé du cannabis (Wickens et coll., 2017). Ces résultats suggèrent de faibles relations entre la conduite avec facultés affaiblies et les excès de vitesse, mais de fortes relations entre la conduite avec facultés affaiblies et une forme d’excès de vitesse extrême et à haut risque, à savoir les courses de rue.

Malheureusement, au Canada, les excès de vitesse sont la norme. En revanche, la conduite avec les facultés affaiblies par l’alcool ou d’autres drogues ne l’est pas. De même, les courses de rue ne sont pas la norme; notre enquête auprès des conducteurs ontariens menée pendant la pandémie de COVID-19 a révélé que 15,4 % des conducteurs ont déclaré faire des courses de rue (Vingilis et coll., en préparation). Ces résultats pourraient suggérer des relations plus complexes entre la conduite avec facultés affaiblies et les excès de vitesse. Brown et coll. (2016) ont examiné les caractéristiques distinctes des conducteurs adoptant différentes formes de conduite à risque, ce qui pourrait mener à une compréhension plus nuancée des conducteurs. Quatre groupes ont été comparés sur une série d’évaluations psychosociales, comportementales, de la personnalité et neurobiologiques : 1) les conducteurs comptant une ou plusieurs condamnations pour conduite avec facultés affaiblies (CFA); 2) les conducteurs imprudents, mais qui ne prennent pas le volant sous l’influence de l’alcool (VITESSE); 3) les conducteurs ayant un profil de condamnations pour conduite avec facultés affaiblies et d’infractions au code de la route (MIXTE); 4) les sujets témoins à faible risque (TÉM) (Brown et coll., 2016). Deux perspectives ont été envisagées : l’une selon laquelle les conducteurs à risque étaient présumés adopter une série de comportements à risque ayant des antécédents communs (p. ex. théorie des comportements problématiques) et l’autre selon laquelle les conducteurs à risque étaient considérés comme appartenant à différents sous-groupes qui avaient en commun des caractéristiques et des parcours en particulier (Brown et coll., 2016). Les résultats ont montré des caractéristiques distinctes parmi les trois groupes de conduite à risque. Les groupes CFA et MIXTE ont tous deux montré un plus grand abus d’alcool par rapport aux groupes VITESSE et TÉM, le groupe CFA présentant la plus grande gravité d’abus d’alcool, bien qu’aussi le niveau de risque le plus bas lorsqu’il était sobre (Brown et coll., 2016). Le groupe MIXTE présentait plus de toxicomanie, de recherche de sensations, de caractéristiques de personnalité antisociales et sensibles à la récompense (Brown et coll., 2016). Le groupe VITESSE présentait une plus grande désinhibition, une prise de décision désavantageuse, une recherche de sensations et une prise de risque (Brown et coll., 2016). En réfléchissant à ces différentes typologies et à l’approche interactionniste des comportements de conduite à risque, qui porte sur la conduite à risque impulsive, compulsive et instrumentale en relation avec différents contextes situationnels (Vingilis et Mann, 1986), on pourrait supposer que ceux qui conduisent avec les facultés affaiblies par l’alcool ou d’autres drogues, ou qui font de l’excès de vitesse, pourraient également relever de différents sous-types. Il est certain qu’un plus grand pourcentage d’hommes et de jeunes conducteurs déclarent faire davantage d’excès de vitesse et conduire davantage avec les facultés affaiblies par l’alcool et le cannabis. Cependant, la recherche canadienne a révélé que la majorité des conducteurs déclarent faire des excès de vitesse, mais que seule une minorité déclare conduire avec les facultés affaiblies. Ces résultats indiquent que les excès de vitesse sont la norme, mais que la conduite avec facultés affaiblies ne l’est pas. 

En résumé, le manque de recherches sur la conduite avec les facultés affaiblies par l’alcool et d’autres drogues et sur les excès de vitesse fait en sorte qu’il est difficile d’avoir une compréhension globale de ces relations. Le manque de recherches épidémiologiques et expérimentales sur le thème de la conduite avec facultés affaiblies et des excès de vitesse semble plutôt curieux, compte tenu de la contribution majeure de ces facteurs aux collisions impliquant des véhicules automobiles. La recherche de Brown et de ses collègues (2016) sur les différents comportements de conduite à risque prépare le terrain pour de futures explorations sur les complexités des relations entre la conduite avec facultés affaiblies et les excès de vitesse dans les performances de conduite et les risques de collision. Leurs recherches suggèrent qu’une meilleure compréhension de la conduite à risque et des sous-types potentiels pourrait permettre d’élaborer des stratégies d’intervention mieux ciblées.

Références

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