Changer les mentalités sur la gestion du sommeil et de la fatigue, au nom de la sécurité
par Clinton Marquardt – Spécialiste du sommeil et de la fatigue
À propos de l’auteur : Clinton Marquardt – Spécialiste du sommeil et de la fatigue
En tant que l’un des plus grands spécialistes du sommeil et de la fatigue au Canada, M. Marquardt se sert des plus récentes données scientifiques pour élaborer des solutions concrètes et applicables qui réduisent le risque de fatigue afin d’optimiser en tout temps la santé, la sécurité et la productivité du personnel. M. Marquardt a participé à la rédaction d’ouvrages reconnus à l’échelle mondiale, notamment les manuels Guide to Investigating Sleep-Related Fatigue (Bureau de la sécurité des transports du Canada) et The Handbook of Fatigue Management in Transportation. Il est également le seul spécialiste du sommeil et de la fatigue reconnu par la Cour supérieure comme témoin expert. M. Marquardt met son expertise à profit dans le cadre de programmes de formation et de services de consultation pour soutenir en continu l’excellence en matière de sécurité, de santé et de productivité du personnel. Pour joindre M. Marquardt, rendez-vous sur son site Web à l’adresse www.SleepandDreams.com (en anglais seulement). Tous les détails de son prochain cours sont également fournis sur le site Web de l’ACPSER :
https://carsp.ca/fr/events/fatigue-risk-management-for-managers-safety-stakeholders/
Résumé
Vous en avez assez d’entendre « la fatigue n’était pas un facteur »? Cet article explique pourquoi cette affirmation passe souvent à côté de la réalité. Plutôt que des catastrophes spectaculaires, il met en lumière des incidents courants et concrets comme les quasi-accidents, les accrochages et les atterrissages brutaux qui pourraient être attribuables à des déficiences causées par la fatigue. Vous obtiendrez un plan clair en trois étapes pour convaincre les décideurs, des suggestions d’outils pratiques et une liste de facteurs de risque de fatigue pour quantifier ce qui se cachait au vu et au su de tous. Le résultat : un argumentaire convaincant en faveur d’une gestion proactive du sommeil et de la fatigue qui améliore la sécurité sans attendre un événement qui fait les manchettes.
La fatigue liée au sommeil est un état physiologique résultant d’une qualité ou d’une quantité de sommeil insuffisantes, des effets du rythme circadien et de longues périodes d’éveil.
Lorsque j’ai commencé à essayer de faire changer d’avis les gestionnaires, les superviseurs, les cadres et les organismes de réglementation sur la nécessité de gérer la fatigue liée au sommeil, je ne disposais que d’une poignée d’exemples marquants liés à la sécurité. Des accidents comme la fusion du cœur du réacteur nucléaire de Three Mile Island en 1979, l’explosion de la navette spatiale Challenger en 1986 et le déversement de pétrole de l’Exxon Valdez en 1989 ont bien illustré en quoi la fatigue contribue à des incidents désastreux. Bien que ces exemples aient attiré l’attention des décideurs en matière de sécurité, ils ne les ont pas convaincus de passer à l’action. C’est parce qu’ils n’étaient pas pertinents pour eux. Aucun des décideurs en question ne participait à la gestion de projets de grande envergure comme le lancement d’une navette spatiale, et les incidents cités en exemple étaient trop graves pour réellement les interpeller. Il leur était donc difficile de voir comment la fatigue liée au sommeil pouvait entraîner une catastrophe de portée mondiale pour leur organisation.
Facteur de risque de fatigue n° 1 : État d’éveil continu
Les périodes d’éveil prolongé qui épuisent les bienfaits réparateurs et régénérateurs du sommeil précédent augmentent le risque de fatigue. En général, une heure de sommeil nocturne de bonne qualité procure ensuite deux heures de bienfaits. Autrement dit, le fait de rester éveillé pendant 16 à 17 heures consécutives après 8 heures de sommeil nocturne de bonne qualité augmente avec un degré élevé de fiabilité le risque de fatigue.
Il est maintenant facile de trouver des exemples pertinents et marquants d’incidents résultant de la fatigue liée au sommeil. Les enquêteurs en sécurité soulignent le rôle de la fatigue dans les incidents depuis de nombreuses années, et les médias rapportent régulièrement et depuis longtemps des cas mortels liés à la fatigue. Il existe une multitude d’exemples illustrant la nécessité de gérer le sommeil et la fatigue pour des raisons de sécurité, comme la réduction des incidents et la prévention des décès. Une recherche rapide sur Internet avec des expressions comme « le bureau de la sécurité affirme que la fatigue a joué un rôle » ou « incident mortel causé par la fatigue » donnerait de nombreux exemples.
Au lieu de citer un ancien incident bien connu à l’échelle mondiale lié à la fatigue, ou encore un décès récent qui a fait l’actualité, j’utilise des exemples désastreux se rapportant au secteur d’activité du décideur pour démontrer l’importance de gérer le sommeil et la fatigue pour des raisons de sécurité. Les exemples se rapportant au secteur en question sont particulièrement pertinents et s’ils sont désastreux, ils attirent d’autant plus l’attention. Pour faire changer d’avis les décideurs sur la gestion de la fatigue liée au sommeil, je commence par souligner les liens évidents entre les problèmes de sommeil et de fatigue et la catastrophe. Par exemple, si j’essaie de convaincre des décideurs de l’industrie du camionnage, je pourrais utiliser l’incident routier mortel où un chauffeur de camion de Walmart était resté éveillé pendant 28 heures avant de percuter la fourgonnette-limousine du comédien Tracy Morgan à plus de 70 km/h, tuant l’ami de M. Morgan et blessant gravement ce dernier. Le lien entre le sommeil, la fatigue et les conséquences sur la sécurité est évident, car la plupart des gens peuvent imaginer à quel point il serait facile de s’endormir au volant après 28 heures d’éveil. L’exemple est pertinent parce que, même si ce chauffeur de camion a enfreint un règlement, les décideurs sont bien au fait que les longues heures de travail sont courantes dans leur secteur. L’incident est désastreux parce qu’une personne a été tuée, et la réputation de Walmart est restée ternie de nombreuses années en raison des retombées dans les médias et le système judiciaire.
L’utilisation d’incidents pertinents ayant des conséquences désastreuses sur la sécurité et des liens évidents avec les problèmes de sommeil et de fatigue attirera toujours l’attention des décideurs, mais les utiliser pour faire changer les mentalités devient de plus en plus difficile. Les approches en matière de gestion de la sécurité se sont considérablement améliorées, rendant les organisations plus résilientes à la fatigue. Ce que je veux dire par là, c’est qu’un incident majeur ou un décès causé par la fatigue est beaucoup moins probable aujourd’hui qu’il y a 10 ans. Des données anecdotiques suggèrent que l’automatisation des équipements et l’amélioration des systèmes et des processus ont rendu de nombreuses tâches à l’épreuve de la fatigue, ce qui permet à une personne fatiguée de continuer à travailler en toute sécurité. Prenez certains des véhicules les plus récents, par exemple. Si nous sommes fatigués au point de nous endormir et que notre capacité à rester concentrés sur la conduite est compromise, le véhicule peut nous ramener dans notre voie s’il détecte une déviation, nous ralentir lorsque nous nous approchons trop rapidement de la circulation devant nous et même nous alerter si nous nous endormons complètement. Avec moins d’incidents démontrant des liens évidents entre les problèmes de fatigue et de sommeil et des conséquences désastreuses sur la sécurité, il est plus difficile de soutenir que nous devons accroître nos efforts pour gérer le sommeil et la fatigue pour des raisons de sécurité. Nous ne pouvons plus dire : « voyez toutes les conséquences catastrophiques que nous pourrions prévenir en veillant à ce que les gens ne s’endorment pas au travail. »
Bien que le risque de conséquences désastreuses sur la sécurité causées par des niveaux élevés de fatigue entraînant l’endormissement ait diminué, le risque de fatigue n’en a pas moins diminué. En fait, avec le rythme de travail et de vie d’aujourd’hui, nous avons moins de temps pour dormir que jamais auparavant, ce qui augmente en fin de compte le risque de fatigue. C’est pourquoi il est toujours important de rappeler aux décideurs le lien entre les problèmes de sommeil et de fatigue et le risque de conséquences désastreuses sur la sécurité.
Facteur de risque de fatigue n° 2 : Perturbation chronique du sommeil
Le fait d’obtenir de manière répétée une quantité ou une qualité de sommeil légèrement insuffisantes sur plusieurs jours, semaines, voire mois consécutifs, augmente le risque de fatigue. Une perturbation chronique de la quantité de sommeil est souvent appelée une dette de sommeil, ou un déficit de sommeil.
Après avoir souligné les liens évidents entre les problèmes de sommeil et de fatigue et les conséquences désastreuses sur la sécurité, j’attire l’attention des décideurs sur des liens moins évidents. Pour comprendre ces liens, les décideurs doivent d’abord prendre conscience du fait que les conséquences sur la sécurité causées par les problèmes de sommeil et de fatigue peuvent survenir bien avant qu’un niveau élevé de fatigue liée au sommeil ne rende difficile le fait de rester éveillé. Fournir des exemples de conséquences négatives sur la sécurité où les personnes ne se sont pas endormies montre aux décideurs que des niveaux de fatigue plus faibles sont également dangereux et, comme les conséquences sont désastreuses, ces exemples attirent l’attention. Par ailleurs, ils montrent aux décideurs en quoi la fatigue entraîne des conséquences négatives sur la sécurité avant que les gens ne s’endorment en altérant la capacité de leurs travailleurs :
- à prendre des décisions appropriées;
- à maintenir des renseignements dans la mémoire à court terme ou de travail et travailler en fonction de ces renseignements;
- à garder des renseignements à l’esprit tout en travaillant avec eux;
- à récupérer des renseignements de la mémoire à long terme;
- à percevoir des renseignements visuels;
- à être attentifs;
- à maintenir un état de vigilance/à rester concentrés sur la tâche à accomplir;
- à traiter l’information;
- à réagir rapidement;
- à planifier de manière appropriée les actions futures immédiates;
- à éviter les biais de confirmation;
- à éviter un rétrécissement du champ d’attention;
- à éviter la distraction;
- à se déplacer de manière coordonnée et rapide (on parle communément de déficience psychomotrice dans ces cas).
Facteur de risque de fatigue n° 3 : Perturbation aiguë du sommeil
Le fait d’obtenir une quantité ou une qualité de sommeil nettement insuffisantes au cours des 24 heures précédentes augmente le risque de fatigue.
Lorsque les décideurs comprennent que la fatigue en soi ne cause pas d’incidents désastreux, et qu’ils saisissent l’impact pouvant découler de lacunes dans les capacités comme celles mentionnées ci-dessus [Veuillez noter que cette liste n’est pas exhaustive. D’autres capacités peuvent être altérées par la fatigue (p. ex. la résolution de problèmes, le maintien de la motivation et la créativité)], ils comprennent en quoi la fatigue peut également entraîner des conséquences moins désastreuses. Prenons l’exemple d’un travailleur fatigué avec un plus long temps de réaction qui conduirait un véhicule de l’entreprise et qui tarderait à freiner pour éviter une collision. La collision peut ne pas entraîner de décès, mais elle pourrait causer des blessures et des dommages matériels. Je sais par expérience que les exemples de conséquences de moindre gravité sur la sécurité sont nombreux dans chaque organisation. Beaucoup d’entre eux pourraient être causés par des déficiences liées à la fatigue. Les atterrissages brutaux d’aéronefs, les heurts de quais par des navires, les déraillements de train mineurs et les petits incidents de véhicules automobiles, qui se produisent beaucoup plus fréquemment que les incidents désastreux, ont tous été liés à des capacités affaiblies par la fatigue. Il existe un nombre encore plus grand de conséquences sur la sécurité que l’on pourrait qualifier de moins graves, mais tout de même notables, qui se produisent quotidiennement au sein de chaque organisation et qui pourraient être dues à des déficiences liées à la fatigue. À titre d’exemple, une étude a estimé que 13 % de toutes les blessures au travail pourraient être causées par des problèmes de sommeil et de fatigue (1).
Facteur de risque de fatigue n° 4 : Perturbation aiguë du sommeil
Le fait d’obtenir une quantité ou une qualité de sommeil nettement insuffisantes au cours des 24 heures précédentes augmente le risque de fatigue.
Fournir à vos décideurs des exemples dans leur secteur d’activité d’incidents moins désastreux et mineurs causés par des déficiences liées à la fatigue rend ces exemples pertinents et aide souvent à convaincre les décideurs de la nécessité de gérer le sommeil et la fatigue. Je suggère d’aller plus loin pour montrer à vos décideurs que les exemples que vous avez fournis à partir de rapports d’incidents externes reflètent ce qui se passe probablement dans leur organisation. Pour ce faire, je passe au peigne fin les rapports de sécurité de l’organisation afin de trouver des incidents qui auraient pu être liés à une capacité susceptible d’être influencée par la fatigue. Je pourrais par exemple trouver un rapport d’incident qui conclut que le conducteur n’était pas attentif et a heurté un véhicule qui ralentissait rapidement. C’est un fait connu que l’attention peut être altérée par la fatigue, mais comme l’organisation n’est pas encore convaincue de la nécessité de gérer la fatigue liée au sommeil, elle ne la considère probablement pas comme un facteur contribuant à ses incidents. La fatigue n’aurait donc pas été incluse dans le rapport d’incident. C’est à nous de montrer aux décideurs que des déficiences liées à la fatigue pourraient se produire dans leur organisation et que si leur personnel est fatigué, il est probable que la fatigue contribue aux conséquences négatives de l’organisation en matière de sécurité. En d’autres termes, je suis un processus en trois étapes avec les décideurs : D’abord, je leur montre que les capacités affaiblies qui contribuent aux conséquences négatives sur la sécurité et qui sont consignées dans leurs rapports de sécurité peuvent être affectées par la fatigue (en fournissant à l’occasion des articles de recherche liant la déficience en question à la fatigue). Ensuite, je leur montre que leur personnel est probablement en état de fatigue. Enfin, je fais le lien en soulignant que si les capacités affaiblies consignées dans leurs rapports de sécurité peuvent être affectées par la fatigue, et qu’il y a bel et bien une situation de fatigue, alors celle-ci contribue sans doute aux conséquences négatives de leur organisation en matière de sécurité.
Facteur de risque de fatigue n° 5 : Effet du creux postprandial lié au rythme circadien
En raison de rythmes biologiques innés, le risque de fatigue augmente naturellement au milieu ou à la fin de l’après-midi, et ce, pendant environ une à deux heures. C’est ce que l’on appelle le creux postprandial, lequel survient lorsque les rythmes biologiques sont synchronisés entre eux et avec l’heure, de sorte que le cerveau et le corps sont naturellement alignés sur l’éveil diurne.
La deuxième étape nécessite plus de détails; j’utilise deux méthodes différentes pour montrer aux décideurs que leur personnel est probablement en état de fatigue. Si les décideurs comprennent le lien entre une qualité ou une quantité de sommeil insuffisantes, les effets du rythme circadien et les longues périodes d’éveil et de fatigue, je recueille des données sur le sommeil du personnel. Des sondages, des questionnaires sur l’intranet ou le système de messagerie électronique de l’organisation, ou un échantillonnage des données sur le sommeil provenant des technologies vestimentaires du personnel peuvent tous être utilisés comme sources de données. J’utilise les données pour consigner la présence d’une qualité ou d’une quantité de sommeil insuffisantes, les effets du rythme circadien et de longues périodes d’éveil; c’est-à-dire que je montre aux décideurs que des facteurs de risque de fatigue sont présents chez leur personnel. Si des facteurs de risque de fatigue sont présents, il y a à tout le moins un risque de fatigue.
Si les décideurs ne sont pas encore conscients des facteurs de risque de fatigue, je leur montre que la fatigue est présente en recueillant directement des données sur les niveaux de fatigue du personnel. Il y a deux options pour ce faire; l’une consiste à mesurer les niveaux de fatigue du personnel à des moments précis de la journée, et l’autre, à mesurer les niveaux moyens sur des périodes plus longues. Bien que vous puissiez créer vos propres échelles de fatigue pour ces mesures, je ne recommande pas cette approche, car il n’y aurait pas de points de comparaison pour vos niveaux de fatigue mesurés qui vous aideraient à comprendre ce que chaque niveau signifie. Si, par exemple, votre échelle va de 1 à 5, où 5 représente une fatigue extrême, et que tout le monde obtient un score de 5 sur cette échelle, il peut sembler qu’il y a un réel problème de fatigue. Cependant, il y a peut-être des particularités chez votre personnel qui l’amènent à ressentir sa fatigue comme un niveau 5, alors qu’un autre effectif pourrait ressentir la même chose, mais l’interpréter comme un niveau de fatigue de 3. De plus, vous ne sauriez pas à quel point les gens étaient affaiblis aux différents niveaux de votre échelle, car vous n’auriez pas corrélé celle-ci avec des déficiences liées à la fatigue. Pour éviter ces problèmes, je recommande de n’utiliser que des échelles de fatigue largement acceptées et validées. Ces échelles sont étayées par de nombreuses recherches qui vous permettent de comparer les niveaux de fatigue de votre personnel à ceux d’autres effectifs et de comprendre à quel point votre personnel peut être affecté.
Facteur de risque de fatigue n° 7 : Désynchronisation du rythme circadien
Des cycles veille-sommeil irréguliers et l’exposition aux signaux temporels biologiques de la lumière, de l’alimentation, de la socialisation et de l’activité physique à des moments inappropriés peuvent désynchroniser les rythmes biologiques naturels les uns des autres et par rapport à l’heure. Cette désynchronisation du rythme circadien augmente le risque de fatigue.
Pour mesurer la fatigue à des moments précis de la journée, j’utilise la version d’origine de l’échelle de somnolence de Karolinska (KSS) à neuf points (2). Pour les temps de mesure, je demande au personnel de remplir l’échelle avant d’effectuer une activité critique pour la sécurité, comme conduire un véhicule de l’entreprise sur une longue distance la nuit, faire atterrir un avion ou amarrer un navire. L’utilisation de ces moments peut aider à convaincre vos décideurs de la nécessité de gérer le sommeil et la fatigue, car si les mesures montrent que certaines personnes sont fatiguées alors qu’elles doivent vraiment être au maximum de leur vigilance, le risque d’une conséquence négative sur le plan de la sécurité est accru. Pour mesurer la fatigue sur des périodes plus longues, j’utilise l’échelle de somnolence d’Epworth (ESS) (3). À l’aide de cette échelle, le personnel évalue ses niveaux de fatigue pour des périodes récentes dans son mode de vie habituel. La présentation des données de l’ESS aux décideurs peut être très persuasive, car si elle montre que la fatigue est présente au sein du personnel, les employés sont donc fatigués tout le temps, ce qui augmente le risque d’une conséquence négative sur le plan de la sécurité à tout moment pour tous les quarts de travail, et non à des moments précis.
Facteur de risque de fatigue n° 8 : Conditions médicales et psychologiques, maladies, médicaments et produits de consommation
Ces influences peuvent perturber la quantité ou la qualité du sommeil, ce qui augmente le risque de fatigue. Ces influences peuvent également causer de la fatigue par elles-mêmes, indépendamment de la quantité ou de la qualité du sommeil précédent.
Armés de données sur les facteurs de risque de fatigue ou les niveaux de fatigue du personnel, et de faits sur les capacités affaiblies à l’origine des conséquences négatives sur la sécurité de l’organisation, nous sommes maintenant prêts à contrer des affirmations comme : « Nous n’avons jamais eu d’incident lié à la fatigue, alors pourquoi avons-nous besoin d’initiatives pour la gérer? » Voici comment je présenterais l’argument général :
« Bien que nous n’ayons peut-être pas eu d’incident causé par une personne qui s’endort, nous en avons probablement eu beaucoup qui étaient causés par la fatigue. Rappelez-vous que la fatigue altère les capacités X, Y, Z. Voici plusieurs rapports de sécurité de notre organisation qui ont documenté la contribution de X, Y, Z. Selon les données recueillies auprès de notre personnel, les gens sont exposés aux facteurs de risque de fatigue A, B, C qui augmentent le risque de fatigue, ou alors, les scores ESS ou KSS indiquent que notre personnel est fatigué. Avec un personnel fatigué et des déficiences liées à la fatigue contribuant aux incidents consignés dans nos rapports de sécurité, n’est-il pas difficile de prétendre que la fatigue ne contribue pas à nos incidents de sécurité? Si vous êtes d’accord, ne devrions-nous pas lancer des initiatives pour gérer la fatigue, et ce, parce que cette dernière est intrinsèquement liée au sommeil? Ne devrions-nous pas également en lancer pour aider notre personnel à gérer son sommeil afin de réduire le risque de fatigue? »
Démontrer en quoi toute la gamme de conséquences négatives sur la sécurité, des plus désastreuses aux plus mineures, qui se produisent au sein d’une organisation pourrait résulter de la fatigue, et utiliser des exemples pertinents pour le faire, peut aider à faire changer les mentalités et à montrer aux décideurs, tels que les gestionnaires, les superviseurs, les cadres et les organismes de réglementation, que l’une des raisons organisationnelles les plus importantes de gérer le sommeil et la fatigue est d’assurer la sécurité.
Références
- Uehli, K., Mehta, A., Miedinger, D., Hug, K., Schindler, C., Holsboer-Trachsler, E., Leuppi, J., & Kunzli, N. Sleep problems and work injuries: A systematic review and meta-analysis. Sleep Medicine Reviews. 2014; 18(1): 61-73.
- For more information about the Karolinska Sleepiness Scale, see Åkerstedt, T. . Karolinska Sleepiness Scale (KSS), In A. Shahid, K. Wilkinson, S. Marcu, C. Shapiro (Eds.), STOP, THAT and One Hundred Other Sleep Scales. 2021, Springer.
- For more information about the Epworth Sleepiness Scale (ESS) see: [A] Johns, M. A new method for measuring daytime sleepiness: The Epworth sleepiness scale. Sleep. 1991; 14(6): 540-545, and [B] https://epworthsleepinessscale.com/about-the-ess/
